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Conclusion

By 10/04/2019May 9th, 2019No Comments

Un recensement truffé d’erreurs nous a permis d’examiner à fond le mouvement de populations à Chambly à ses origines. De 1665 à 1673, on croit assister à une fondation surréaliste. Un Chambly tout neuf, tout beau est créé. Une oasis en peine forêt. Une terre promise. Un village-frontière qui peut devenir une marche fortifiée de l’Empire français.

Mais la forteresse s’ébrèche. Avant 1681, la course des bois draine à l’extérieur des colons déçus. Le goût de l’aventure et la soif de “l’or poilu” ont saigné le village de Chambly. C’est la fuite en avant. Après 1681, la guérilla iroquoise pousse dehors le dernier carré d’habitants. Les plus tenaces qui avaient pris goût à la vie sédentaire et à la nichée familiale devront quitter par peur. C’est le sauve qui peut. Chambly, qui s’était créée dans l’enthousiasme, la jolie habitation qu’avait entrevue Frontenac, s’est dispersée dans l’abandon. Les labours sont restés morts. Les épinettes ont repris dans les guérets. Les “ferdoches” ont poussé dans les abattis de bois. Les cabanes de rondins ont pourri sur place. La clef du pays, dont rêvait le gouverneur, fallut la remettre dans la boîte. Chambly est restée une oeuvre inachevée.   Au recensement de 1698, Chambly n’est plus sur la carte. Aucune mention. Les vieux villages, Boucherville, Longueuil, La Prairie ont légèrement prospéré. Des bourgades neuves, Saint-Ours, Verchères, Varennes, sont apparues. Mais de Chambly, rien. Faudra tout reprendre à neuf après la Grande Paix de 1701. La plupart des terres déjà concédées seront redistribuées en 1704. L’Aveu et Dénombrement de la seigneurie de Chambly, le 12 juin 1723, révèle seulement vingt-six chefs de famille. Les familles Lebeau, Poirier, Bariteau et Bessette étant les seules issues des trente concessionnaires de 1673 à revenir à Chambly. En 1739, le recensement donnera à Chambly, Saint-Denis et Cournoyer réunis 152 âmes. Deux paroisses seront créées en 1739 et deux églises seront construites, de chaque coté du Richelieu, Saint-Joseph-de-Chambly et L’Immaculée-Conception de la Pointe-Olivier.   Donc, c’est vers 1730 seulement qu’on atteindra le même nombre d’habitants qu’en 1681. Réalise-t-on que le développement de ce bourg a ainsi connu cinquante ans de retard. Pire, entre l’érection du fort (1665) et la création des paroisses (1739), il s’est écoulé quelque 75 années, soit trois générations de va-et-vient. Peut-on nommer une autre seigneurie qui a connu de tels tâtonnements ?   Dès les débuts, Chambly se distingue par ses relations soutenues avec les états de la Nouvelle-Angleterre. Ces relations n’ont pas été que militaires. Il y a eu du commerce tant légal que frauduleux. Il y a eu des migrations d’habitants de part et d’autre. Les villes d’Albany et de Philadelphie, entre autres, ont reçu des négociants, des coureurs de bois, voire même des réfugiés. Trouverait-on dans les archives primitives d’Albany et de New York des traces de nos colons canadiens ?   Ces premiers contacts avec la Nouvelle-Angleterre annoncent déjà les établissements seigneuriaux dans le Vermont et l’état de New York, les postes militaires de Saint-Frédéric et Carillon, les collaborations à la rébellion américaine de 1775, les exodes du temps des Patriotes, le grand vicariat du curé Mignault autour du lac Champlain.   A Chambly, plus qu’ailleurs, les documents pour reconstituer les origines de la seigneurie se font rares. Le généalogiste Cyprien Tanguay n’a pas tenu compte des habitants de Saint-Mathias dans son Dictionnaire généalogique. De plus il a confondu les habitants de Saint-Joseph-de-Chambly avec ceux de Saint-Antoine-de-Chambly. Les rapports des Grands Voyers du régime français, qui ont décrit et fixé les chemins publics de Chambly sur chaque lot d’habitant, sont disparus. Gédéon de Catalogne, en 1711, localise tous les colons dans toutes les seigneuries de la Nouvelle-France et il les situe sur une carte très instructive. Mais il n’est pas venu à Chambly, et on est privé ainsi d’une description précieuse. Les archives de la seigneurie sont disparues. Les successions seigneuriales, particulièrement complexes à Chambly, sont plus difficiles à reconstituer parce que des actes officiels n’ont pas été notariés ou sont introuvables. Les concessions de terres à Chambly faites par les notaires sont parfois mal décrites, difficilement localisables. De plus ces actes sont éparpillés chez les tabellions de Montréal, de Boucherville et La Prairie. Et il en manque, qui auraient été faits sous seing privé. C’est dire qu’en plus d’un départ historique laborieux, la reconstituion des origines est particulièrement difficile, faute de documents.