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Des chemins praticables, la hantise de nos ancêtres

By 10/04/2019May 9th, 2019No Comments

Les curés qui visitent les malades d’un bout à l’autre de leur paroisse; les militaires qui doivent déplacer troupes et bagages, les habitants qui désirent se rendre à l’église ou au marché, les médecins, les marchands, les voyageurs, tous s’inquiètent des conditions des chemins. Les distances, le climat, les embâcles de glace, les rivières à enjamber, les péages aux traverses, les saisons, tout peut perturber les déplacements. Le lecteur notera que, de 1704 à 1815 et souvent au-delà de ces dates, les chemins ont constitué les «débris de l’histoire». Lisons quelques témoignages:

L’ingénieur Levasseur de Néré écrivait  en 1704: «Il y a trois routes pour aller au dit fort de Chambly, savoir deux par terre qui traverse (sic) dans les bois, dont l’un passe par Longueuil, et l’autre par La Prairie. On estime le dernier chemin le plus praticable, quoiqu’il ne soit pas le plus fréquenté, parce qu’il n’y a pas de molières à passer. Comme dans ce premier (chemin Longueuil-Chambly), ce qui dure pendant un grand quart de lieue à enfoncer jusqu’aux genoux, joint à une petite rivière qu’il faut traverser sur des arbres, sans compter quantité d’autres arbres abattus qui forment des embarras dans l’étendue de plus de trois lieues, ce qui est fort fatigant en été. Car, pour l’hiver, on ne s’en aperçoit guère à cause de la quantité de neige. Au reste ce chemin a cinq à six pieds de largeur».   «Monseigneur,  la froide bordée nous a fait un passage libre sur les eaux et me donne le moyen de souhaiter à Votre Grandeur, quoi? Une prospérité temporelle? Une longue vie? Hélas! Ah! Que viennent enfin les glaces et les neiges!» (ADSJQ, 1A-8, Lettre de Jean-Pierre Mennard, curé de Saint-Joseph-de-Chambly à Monseigneur, 21 décembre 1792). «Premièrement, de notre endroit, il y a trois lieues et demi pour aller à notre église paroissiale, où il y a presque toujours un chemin impraticable, une savane de trente arpents que, le printemps et l’automne, il n’y a point à passer et même les années de pluies toute l’année. S’en suit ce qui nous met dans le cas souvent de manquer l’office divin.» (ADSJQ, 1A-15, Requête des habitants de Chambly du fief de M. Jacob, à Mgr Joseph-Octave Plessis, le 2 juillet 1806).   «Au moment où j’ai l’honneur de vous écrire, il pleut et nous marchons dans la boue, et je crains que la glace du bassin ne parte pour la troisième ou quatrième fois.» (ADSJQ, 1A-25, Lettre du curé Jean-Baptiste Bédard à propos d’une épidémie de fièvre, le 11 janvier 1810, à Mgr l’évêque de Québec).   «Les habitants d’une partie de la paroisse de Chambly, voisine de celle de Beloeil et dont nous sommes du nombre, nous ont députés pour implorer Votre Grandeur qu’elle daigne jeter ses yeux de compassion sur nous. Nous ne pouvons aller à notre église qu’en payant des traverses à pied et en voiture. C’est la même chose quand il faut aller chercher notre pasteur. Il faut payer au bac. Qu’on envoie les enfants à l’instruction et au catéchisme, il faut payer. Cette difficulté, jointe à la grande distance, nous empêche la plus grande partie de l’année d’assister aux offices divins de notre paroisse. D’ailleurs tous les printemps et les automnes, il y a des temps qu’il n’est pas possible de traverser la Petite rivière (rivière L’Acadie) qui nous sépare de notre église, surtout le printemps où, pendant des mois entiers, il n’est presque pas possible d’aller à notre église qu’au péril de notre vie, et c’est le temps où la dévotion nous y ferait aller davantage, qui sont la fête du patron de la paroisse et le temps pascal.»   «Encore cette année, Monseigneur, il n’a pas été possible ou presque d’aller à l’église tout le temps pascal. La rivière était toute couverte de glaces brisées, et tellement difficiles à passer pour des femmes et des enfants, qu’un homme, étant dangereusement malade plus proche de l’église de Chambly que nous, a été administré par Monsieur le curé de Beloeil et qu’aucun n’a pu passer pour faire sonner sa mort à sa paroisse; bien loin de pouvoir porter son corps, ils ont été obligés de le porter en terre à Beloeil.» (ADSJQ, 1A-94, Requête des habitants de Chambly à Monseigneur, 1831).   Paul-Henri Hudon Ce texte vous inspire des commentaires? Vous souhaitez émettre une suggestion? Merci de nous écrire.