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Qui êtes-vous Antoine Bertrand?

By 10/04/2019May 9th, 2019No Comments

Ceux qui ont regardé l’émission Qui êtes-vous? le lundi 15 décembre ont découvert qu’une des ancêtres du comédien Antoine Bertrand avait été capturée à Deerfield (Massachusetts) en 1704 au cours d’un raid meurtrier. Heureux de trouver une goutte de sang britannique dans son arbre généalogique, le comédien en a oublié ses branches françaises. Nous nous permettons d’ajouter quelques informations complémentaires.

La capture de Thankful Stebbins   Lors de leur établissement sur la côte atlantique, les colons anglais ont parfois dû chasser des Amérindiens qui occupaient déjà certains des emplacements choisis. Il en résultera une certaine animosité. Il semble que les hostilités atteindront leur apogée le 19 mai 1676 alors qu’un détachement de 150 soldats anglais commandés par le capitaine William Turner s’est introduit dans un campement de pêche, au nord de Deerfield, où s’étaient réfugiés de nombreuses familles amérindiennes. Après avoir mis le feu aux wigwams pour obliger les occupants à s’enfuir, les soldats ont tué plus de 300 Amérindiens.   À l’automne 1703, des Abénaquis, victimes d’autres assauts anglais, demandent au gouverneur Vaudreuil d’intervenir. Une mission de représailles est confiée à un parti d’environ 250 hommes (principalement des Iroquois convertis, des Abénaquis, des Hurons et 48 Français) dirigée par le lieutenant Jean-Baptiste Hertel de Rouville. La petite troupe s’arrête à Chambly avant de se rendre dans la petite ville fortifiée de Deerfield. L’assaut a lieu dans la nuit du 11 mars 1704. La campagne est un succès. À cette époque, les autorités de la Nouvelle-France encouragent leurs alliés amérindiens à ramener des prisonniers plutôt qu’à les massacrer sur place; on leur promet une rançon pour chaque captif ramené vivant. Comme ils savent que des troupes anglaises seront vite alertées, les Amérindiens choisissent des jeunes prisonniers qui seront en mesure de les suivre avant de déguerpir. Ils abandonnent ou tuent ceux qui traînent et, à une certaine distance, ils se séparent par petits groupes pour poursuivre leur route avec «le précieux butin». Le retour est long et pénible à tel point que certains Amérindiens porteront sur leur dos les victimes trop épuisées. L’un des prisonniers, Parson Williams, arrive à Chambly à la fin du mois de mars. Plus tard, il rédigera le récit de sa mésaventure :   «Nous sommes arrivés vers minuit à Chambly, petit village protégé par une garnison et un fort français. Les Français m’ont reçu avec gentillesse. Un gentilhomme m’a amené dans sa maison, m’a nourri et j’ai pu passer la nuit dans un bon lit de plumes. Les habitants et officiers se sont montrés très obligeants durant le peu de temps que je suis demeuré à cet endroit. Ils m’ont promis d’informer le gouverneur de mon passage. Une fille capturée dans ma ville et un jeune garçon m’ont appris que la plupart des prisonniers étaient passés par ici et que deux de mes enfants étaient à Montréal» (1).   Parmi les prisonniers, on retrouve le jeune Matthias Farnworth âgé de 14 ans. Par la suite, il sera racheté et baptisé sous le nom de Claude-Mathias Farnef. Son nom de famille connaîtra quelques transformations au fil des ans et deviendra Phaneuf. Il sera naturalisé Français en 1710 et s’installera définitivement en Nouvelle-France. Il est l’ancêtre de tous les Phaneuf. Un autre, John Carter âgé de 9 ans, connaîtra un sort semblable. En 1758, ce dernier, devenu Jean Chartier, recevra une concession près du fort Sainte-Thérèse.   On remarque, parmi les autres victimes de ce raid une certaine Thankful Stibbins âgée de 13 ans. Jean-Baptiste Hertel de Rouville verse une rançon à « ses propriétaires » abénaquis en 1706 et lui permet ainsi d’obtenir la nationalité française en 1706. L’année suivante, soit le 23 avril, le missionnaire Pierre Dublaron de passage à Chambly, la baptise sous le nom de Louise-Thérèse Steben; ses parrain et marraine sont François Hertel de la Fresnière, seigneur de Chambly et Madame de Périgny, épouse du commandant du fort. (2)  Louise-Thérèse épousera, à Boucherville, Adrien-Charles Legrain dit Lavallée le 4 février 1711. Aussitôt ils s’établiront à Saint-Mathias près de la rivière des Hurons et de la scierie appartenant à la famille Ramezay (construite par un prisonnier anglais). En 1738, l’immigrant Jean [Baptiste] Bertrand, originaire d’Auvergne, est engagé par Louise de Ramezay pour travailler au moulin familial. Il fera la rencontre d’Élizabeth Legrain dite Lavallée, fille du couple Legrain-Steben. Ils se marieront le 22 juin 1741 à Saint-Mathias et s’établiront sur la terre paternelle de la mariée.   N’ayant plus guère de familles et appauvrie par sa détermination à faire fonctionner sa scierie, Louise de Ramezay finira ses jours en pension dans la maison de son ex-employé Jean Bertrand, tout près de son moulin.   Réal Fortin   Pour plus de détails, consulter – FORTIN, Réal, Le fort de Chambly, les cahiers du Septentrion, Québec, 2007.- Le vingtième cahier de la seigneurie de Chambly intitulé Les habitants de Chambly de 1700 à 1730.- Le site Raid On Deerfield: The Many Stories of 1704.   (1) Traduction d’un récit rédigé par Parson Williams et cité dans BARKER, C. Alice, True stories of New England captives to Canada during the old French and Indian wars, Cambridge, Mass. s. n., 1897, pp. 265-267.   (2) FOURNIER, Marcel, De la Nouvelle-Angleterre à la Nouvelle-France, Société généalogique canadienne-Française. 1992. Il faut noter que son jeune frère, Joseph, s’établira à Chambly puis à Saint-Mathias.   Illustration: Radio-Canada, Qui êtes-vous?     Ce texte vous inspire des commentaires? Vous souhaitez émettre une suggestion? Merci de nous écrire.