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Recevoir le pain bénit

By 10/04/2019May 9th, 2019No Comments

Qu’est-ce qu’un «pain bénit»? Qui connait cette coutume, cette pieuse pratique de nos ancêtres? Aux premiers temps de la Nouvelle-France, dans l’église, le dimanche on distribuait le pain bénit aux fidèles présents et la maman avait soin d’apporter le «chanteau» (voir au dictionnaire Le Robert) à la maison pour le partager avec ceux qui n’avaient pas pu venir à la messe.

«C’était ordinairement un pain de six livres, offert par un paroissien. Il était coupé par le bedeau en petits morceaux. Un chanteau un peu plus gros que les autres était offert au donataire du pain». C’était même une sorte d’obligation. Le registre des comptes de la paroisse du Sault-au-Récollet en 1738 rapporte qu’une amende de 4 livres a dû être payée pour n’avoir point donné le pain bénit à l’église.   À Québec en 1645, Monsieur le Gouverneur offrit le pain bénit, le jour de la Circoncision. Aussi la distribution devait impérieusement respecter la dignité des donataires. Dans l’ordre strict: le seigneur d’abord, le premier capitaine de milice ensuite, les marguilliers, les plus anciens habitants, etc… sans déroger  Surtout ne pas créer d’incidents de préséance! C’était un honneur de fournir le quignon de pain, de le présenter à l’offrande pour la bénédiction et de le distribuer. Certains donateurs, par vanité, ornaient le pain d’un glaçage, d’une toilette, de chandelles, de rubans. C’est à qui aurait présenté la plus grosse, le plus belle miche. Parfois, le curé dégarnissait le tout de ses babioles et soumettait le pain tout nu au couteau brutal du bedeau. Respectant par là la modestie des pauvres en farine. Mme Marsolet de Québec, excellente décoratrice de pain bénit et pétrie de vanité, s’était offusqué d’une telle offense à sa miche. Elle le fit bien savoir au banc d’oeuvre!  C’est à la suite de semblables incidents que la coutume fut interdite. Et le souvenir s’est effacé. Comme quoi, il ne fallait pas «ambitionner sur le pain bénit». Cette pratique daterait du concile de Nantes au 7e siècle. D’abord destiné aux catéchumènes, le pain fut ensuite distribué à tous les fidèles. Aux jours de grandes fêtes, comme celle de la Saint-Jean-Baptiste, à Montréal, cette société offrait un pain bénit, «sucré, monté en pyramide de vingt pieds de haut, agrémenté de pavillons, de bannières, de feuilles d’érable, emblèmes de notre nationalité». Recevoir le pain bénit à la maison devait apporter des bénédictions célestes, tout comme les rameaux bénits devaient «protéger de la foudre». J’entends encore ma grand-mère me raconter que recevoir un quêteux chez soi, c’était recevoir un «pain bénit». C’était plein de retombées.   Paul-Henri Hudon Source, Le Canada-Français, 7 février 1913, page 12.Illustration, Le pain bénit de Jean Dagnan Bouveret, c1886.       Ce texte vous inspire des commentaires? Vous souhaitez émettre une suggestion? Merci de nous écrire.