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Une maison au centre d’une histoire méconnue

By 10/04/2019May 9th, 2019No Comments

Cette maison carrée, défraîchie, recouverte de stuc blanc, ne donnait pas de mine. Lorsque M. Réal Brunette a décidé de la restaurer en 2004, on a découvert une architecture de pierre massive et des ruines d’aménagement mobilier intéressants. Comme une cuisine en sous-sol et un four en briques inséré dans la muraille. Curieux aménagement et tout à fait inhabituel! Elle donne adresse au 2258, 2270 ave de Bourgogne à Chambly, près de l’actuelle rue St-Georges. Elle est typique de la maison urbaine bordant le trottoir, pierre blanche, sans apparat de façade, mais lourde et solide. La rénovation de cette résidence a été une belle initiative.

Nous avons entrepris d’étudier l’origine de cette maison curieuse, pour connaître son âge et ses occupants. Surprise! Nous découvrons que ce fut un hôtel, ancienne auberge située au coeur du village irlandais. Bien plus, l’hôtel fut tenu par une veuve Johanna Welch (1795-1882), épouse de feu Edward Morissey (1794-1841). Elle y élève ses quatre filles, Margaret Morissey, qui épousera Patrick Hackett, Mary Ann Morissey qui épousera Thomas Hackett. Johanne Morissey, épouse d’Angus McDougal et Eliza Morissey (1833-1903), célibataire. Ces dames sont inhumées au cimetière catholique de Saint-Joseph, où leur dalle funéraire existe encore. Les Morissey avaient acquis le lot 84 de James Parks, sellier et aubergiste, en 1849 (Alexis Mercille, 22 août 1849). John Hackett, marchand entre 1841 et 1887 à Chambly-Canton, a été juge de paix, maître de poste et inn keeper. Bref, cette maison de pierre des Morissey témoigne de la forte présence de familles anglophones dans le quartier de Chambly-Canton. Autre surprise, nous découvrons aussi qu’un grand nombre d’Irlandais de cette époque occupent à Chambly les métiers de cordonniers, de tanneurs et de selliers. Il est probable que cette maison de pierre ait été érigée par l’aubergiste et cordonnier James Parks (…-1851) vers 1830. Elle a servi d’hôtel jusqu’en 1890. Autour de ce relais-gîte, au coin de la rue du Canal (aujourd’hui rue St-Georges), on trouve un grand nombre d’anglophones, tels que Henry Carran, horloger (Charles G. Scheffer, 13 avril 1847), Mathew Hannan, maître-tailleur (Théode Doucet, 6 mars 1840), William Ginnis, cordonnier (Théode Doucet, 9 octobre 1839)  Thomas Kiennan, tailleur (Charles G. Scheffer, 22 août 1838). Cette même maison irlandaise a pu servir de refuge pour les travailleurs irlandais du canal de Chambly affectés par le choléra des années 1832 et 1834. Possiblement un dispensaire d’urgence. On est donc au coeur d’une Petite Irlande. Question au lecteur: ce modèle de maison est-il typique des constructions irlandaises d’époque ? La rue du Canal est fort achalandée entre 1833 et 1843 par les voyageurs, les charretiers, les navigateurs, les commerçants et les ouvriers du canal. Il s’y fait un grand transport de marchandises, vu que les écluses d’entrée du canal ne sont pas terminées. Entre 1836 et 1843, cette rue sert de voie de portage entre les bateaux qui entrent dans le canal jusqu’à Chambly et le bassin où on fait le débardage. C’est la raison d’être des cordonniers, des forgerons, des tailleurs et des aubergistes dans ce secteur. Où on pouvait y rencontrer aussi un grand nombre de tanneurs (Caldwell, O’Donald, Taaffe, O’Brien), de charrons (Medley, Porter), de forgerons (Poole, Judge), de marchands, (Dickson, Shipman) et d’aubergistes (Boyd). Un meeting house méthodiste sera érigé à quelques mètres de ce carrefour, sur la rue du Canal, en 1851.  Pour plus d’informations sur les Anglais de Chambly, on peut consulter l’étude de Paul-Henri Hudon: “La présence anglophone à Chambly, 1780-1880. Essor et déclin d’une minorité, premier prix de la Fondation Percy-W. Foy en 2008. Paul-Henri Hudon   Les photographies 2 et 3 proviennent de la collection de Paul-Henri Hudon.La maison Morissey, avant restauration (c1990), provient des archives de la Société d’histoire, fonds Roger Sorel.