Création : 11 mars 2018
Le portrait de Madame Boileau

Cette belle dame de la haute société pose pour le peintre François Malépart de Beaucourt. Le tableau à l’huile représente Marie-Josèphe Antoinette de Gannes de Falaise, épouse de monsieur René Boileau. La première séance a eu lieu le 8 novembre 1792, ici même, à Chambly. C’est l’époux de la dame qui nous l’apprend: «1792, novembre 8, M. Beaucourt, artiste, a commencé le portrait de ma chère femme…», note monsieur Boileau dans ses Manuscrits, un journal d’éphémérides dont une grande partie sera publié par un de ses descendants, le zouave Gustave-Alfred Drolet dans Zouaviana.
Madame pose vêtue d’une robe mauve rose, les épaules couvertes d’un fichu de mousseline transparente et festonnée de dentelle, – la même que celle qui orne les manches de la robe –, qui se referme par une rose. Sur sa perruque poudrée – en 1793, elle est toujours de mise –, la charlotte de mousseline, elle aussi festonnée de dentelle, est ceinte d’un ruban dont la couleur s’harmonise avec celle de la robe. Un plumet folichon complète l’élégante coiffure. L’avant-bras droit est gracieusement potelé, il s’élève dans un geste élégant destiné à mettre en valeur la main délicate parée d’une bague, bijou que Madame lèguera à son fils, le notaire René Boileau. Dans un pli de sa jupe, une montre retenue par une chaîne en or. Madame est assise sur un fauteuil Windsor capitonné de tissu rayé. La pose permet d’apercevoir l’ampleur de la robe et la ceinture, également festonnée de dentelle.

Quant à ce petit chien qui semble avoir tous les droits, un épagneul Royal King Charles, race préférée des princes anglais et de la malheureuse Marie-Antoinette, il rappelle sans conteste que le sujet du portrait est de noble origine.

Noble, Madame l’est jusqu’au bout des ongles. Née à Trois-Rivières le 4 juin 1758, son père est Charles de Gannes, sieur de Falaise, lieutenant dans les troupes de la marine, il appartient à une noblesse française et poitevine remontant au XIVe siècle. (Le château de Falaise existe toujours dans la commune de Les-Ormes-sur-Vienne.) Sa mère, Madeleine-Angélique de Coulon Villiers, est la nièce de la célèbre Madeleine de Verchères.

Digne et élégante, au moment où Madame se fait portraiturer, elle a déjà mis au monde treize enfants. Elle en aura quatre de plus. Et de ses dix-sept enfants, quatre seulement parviendront à l’âge adulte : René, l’aîné, sera notaire; Emmélie épousera le docteur Timothée Kimber en 1822; Sophie a épousé le marchand et futur seigneur de Cournoyer Joseph-Toussaint Drolet en 1812; Marie-Anne-Zoé, la benjamine née en 1799, qui épousera le marchand Joseph Porlier.
Le sourire n’est pas de mise
Madame ne sourit pas. C’est une convention établie. Le rire rabelaisien, impertinent et grossier, est réservé aux classes populaires. À la cour de Louis XIV, le courtisan veille à ce son visage exempt de barbe – comme le veut la mode du siècle – ne trahisse pas ses émotions. Cette convention qui a encore cours à l’époque des Lumières, la grande peintre Louise Élisabeth Vigée Lebrun (1755-1842) la fera voler en éclats. François Malépart de Beaucourt (1740-1794), qui est son contemporain et a longuement séjourné en Europe, n’a pas cette audace et reste classique.
Malépart de Beaucourt
Peintre canadien né à La Prairie, François Malépart de Beaucourt effectue un long séjour en Europe et en France entre 1773 et 1784, notamment à Bordeaux où il vit de son art. Par la suite, le peintre aurait vécu aux États-Unis. De retour au pays en 1792, en juin, le peintre offre ses services dans la Gazette de Montréal. Il affirme être membre de l’Académie de Bordeaux. Monsieur Boileau n’hésite pas à l’engager, d’autant que les deux hommes appartiennent à la franc-maçonnerie.
Un tableau que l’on croyait perdu
Ce tableau de madame de Gannes de Falaise, certains historiens de l’art croyaient en avoir perdu la trace du tableau. Il appartient à une collection privée, celle de la famille de monsieur Charles Cell, résidant du Massachussetts. Par sa mère, Dorothy Porlier Cell, ce monsieur est un descendant direct de Marie-Anne Zoé Boileau.

Monsieur René Villeneuve, conservateur au département d’Art canadien du Musée des Beaux-Arts du Canada, s’est rendu par deux fois chez madame Cell. Cette dame est décédée… Par le plus grand des hasards, au moment où le mouvement de sauvegarde de la maison René-Boileau à Chambly faisait les manchettes, son fils, Charles Cell communiquait avec monsieur Villeneuve à propos du portrait de son ancêtre. C’est ainsi que le descendant de cette importante famille du Chambly ancien est entré en communication avec la Société d’histoire de la seigneurie de Chambly. En plus de ce portrait de famille, monsieur Cell est propriétaire des manuscrits originaux de son ancêtre René Boileau et nous a transmis des numérisations de ces documents qui sont tous rédigés en français. En échange de leur transcription, il a fait don à la SHSC d’une numérisation de haute qualité de ce portrait de famille. L’original de François Malépart de Beaucourt reste en sa possession.

La photo – quasi grandeur nature – a été encadrée et orne désormais les murs du siège social de la SHSC.

Louise Chevrier
romancière et historienne

Notes
1 – La maison familiale des Boileau se trouvait exactement à l’endroit où se situe aujourd’hui la maison Larocque, 600, rue De Salaberry, celle qui se rattache à l’ensemble de la résidence Les Bâtisseurs.
2 – Drolet, Gustave-A., Zouaviana, Chez Eusèbe Sénécal imprimeur, édition de 1898. Dans un livre où il raconte ses souvenirs de zouave pontifical, Gustave-A. Drolet évoque son ancêtre, monsieur René Boileau de Chambly. À la fin de son livre, Drolet publie «Cahier de mon arrière-grand-père». Il s’agit d’un des manuscrits de monsieur Boileau dans lequel il tient des éphémérides et un carnet mondain. La SHSC possède un exemplaire de Zouaviana dans sa collection de livres rares.
3 – À propos du sourire, voir Colin Jones, Le sourire, in Histoire des émotions, tome 1 : De l’Antiquité aux Lumières, sous la direction de Georges Vigarello. À propos de Louise Élisabeth Vigée Lebrun voir Haroche-Bouzinac, Geneviève, Louise Elisabeth Vigée Lebrun, Histoire d’un regard, Flammarion 2011.
4- Sur ce peintre canadien, voir Major-Frégeau, Madeleine, La vie et l’œuvre de François Malépart de Beaucourt, Série Arts et Métiers, ministère des Affaires Culturelles, 1979; et, de la même auteure, Malépart de Beaucourt, François, article dans le Dictionnaire biographique canadien en ligne.

*** Mme Emma La jeunesse, Albani.

Le Pôle Culturel vient d’ouvrir ses portes. Avez-vous pris le temps de visiter une petite exposition à gauche de l’entrée de la bibliothèque sur Mme Emma La jeunesse, une grande fierté pour Chambly.

Voici une courte biographie  rédigée par M. Hudon:

Sa vie personnelle

Emma Lajeunesse naît à Chambly en 1847. Fille aînée de Joseph Lajeunesse et de Mélina Mignault, elle a une sœur, Cornélia, et un frère Joseph-Adélard. À l’âge de quatre ans, elle étudie le piano avec sa mère. Plus tard, son père prend la relève et lui enseigne le piano, la harpe et le chant.
Entre 1852 et 1856, la famille réside à Plattsburg. Emma se produit sur scène la première fois à Chambly, à la fin d’août 1857, où elle exécute des airs les plus difficiles, écrit le journaliste. Elle invite même le public à lui présenter de la musique tant vocale qu’instrumentale afin qu’elle l’exécute à première vue. Le Révérend Messire Mignault, curé, prit la parole, lui recommandant de se ménager afin d’être un jour utile à sa patrie (La Minerve, 3 septembre 1857). Emma Lajeunesse, alors âgée de dix ans, est déjà considérée comme une enfant prodige.
Après le décès de leur mère (1856), les sœurs Lajeunesse fréquentent le pensionnat du Sacré-Cœur à Sault au Récollet. Sous les enseignements de Joseph Lajeunesse et de Gustave Smith, Emma perfectionne pendant six ans l’art vocal et musical.
Sa carrière
Le 13 septembre 1862, les deux sœurs Lajeunesse participent à une soirée musicale au Mechanic’s Hall à Montréal. Emma s’y produit en tant que chanteuse, pianiste, harpiste et compositrice. À cette date, Joseph Lajeunesse l’a retirée du couvent et cherche, en la produisant sur scène, à recueillir les sommes nécessaires pour des études supérieures en Europe. N’ayant pas réussi, Joseph Lajeunesse part avec ses filles pour les États-Unis vers 1864. La famille s’installe à Albany (New York). Emma devient soliste à l’église catholique Saint-Joseph.
Emma Lajeunesse s’embarque pour l’Europe vers 1868. Elle étudie d’abord à Paris, puis à Milan. Le 22 décembre 1869, elle se produit sur une scène italienne dans un opéra de Bellini. C’est le début d’une longue carrière de soprano qui dure jusqu’en 1911, année où elle fait ses adieux définitifs à la scène. Plus de quarante ans d’art vocal sur toutes les scènes du monde.

En 1872, elle fait son entrée au Covent Garden de Londres, maison d’opéra où elle se produira jusqu’en 1896. La carrière « coventgardienne » d’Albani revêt de l’importance à plusieurs égards. D’abord, par sa remarquable constance, ensuite, par la diversité de son répertoire pour cette époque et sa souplesse devant les goûts changeants des directeurs du théâtre (Pierre Vachon).
L’Albani fait des tournées sur tous les continents : en Russie (1878), à Berlin (1882), à New York et à Montréal (1883); elle revient au Canada et au Mexique (1889). Elle entreprend une tournée intercontinentale en 1896 qui la conduit de Halifax à Vancouver. Puis c’est l’Australie et la Nouvelle-Zélande (1898, 1907), l’Afrique du Sud (1898, 1899, 1904), Ceylan et l’Inde (1907). Elle effectue en 1906 sa tournée d’adieu au Canada. Nous savons qu’elle a rendu visite à son père à Chambly en 1889, en 1892 et en 1896, probablement aussi en 1897 et en 1903.
Cette cantatrice québécoise a fréquenté les cours des grands, du tsar de Russie, du kaiser allemand et surtout de la famille royale d’Angleterre. En 1901, elle chante aux funérailles de la reine Victoria, dont on dit qu’elle était l’amie. Madame Albani décède à Londres le 3 avril 1930. Elle est inhumée au cimetière Brompton, où elle repose à côté de son mari, Ernest Gye, directeur de Covent Garden.
Paul-Henri Hudon

 

*** Clins d’oeil historiques
Création : 11 octobre 2017
On aurait fabriqué des pneus à Chambly-Canton vers 1901.
Or, aucun autre document prouvait que cette entreprise, d’origine américaine, avait procédé à une quelconque installation. Rien dans la mémoire populaire. Aucun bâtiment connu! Je me demandais quel était l’intérêt pour le caoutchouc de venir s’étirer sur les roues de Chambly?

En lisant la résolution du conseil municipal de Chambly-Canton dans leurs archives, j’ai douté. Dieu me pardonne! Car j’ai découvert récemment deux photos (mauvaises, les photos, trahissant leur âge! mais photos quand même). Où l’on voit l’intérieur d’un hangar, trop ensoleillé, avec quelques pneus et un ouvrier, et un bâtiment de plus ou moins 50 pieds de façade avec ses ouvertures et des roues dentées à l’intérieur, mais cerclées d’un boudin.

Provenant d’un collectionneur, ces illustrations sont attribuées à la Davis Tire Company de Chambly-Canton. Il y avait donc eu un éphémère atelier produisant quelques chose de vulcanisé, quelque part. Mais où?

Lisons la résolution de la municipalité, approuvée par le maire de l’époque, Samuel Thomas Willett.

– Attendu que MM Joseph L. Ligein, William F. Ellis, Edwin C. Davis de la cité de Springfield dans l’état du Massachusetts dans les États-Unis d’Amérique, et Brock Willett, manufacturier du village du Canton de Chambly, et faisant affaires ensemble en société à Chambly-Canton dans le district de Montréal, sous le nom et raison sociale de la Davis Tire Company, offrent d’établir dans les limites de la municipalité du village du Canton de Chambly une usine pour la confection de bandages en caoutchouc de roues, pour la construction de roues de voitures de tout genre, d’un modèle spécial breveté au Canada et en Angleterre,

– Attendu que l’établissement permanent de cette nouvelle manufacture ne pourra manquer de donner une nouvelle impulsion au commerce et qu’il est du plus grand intérêt des contribuables de la dite municipalité d’y introduire cette nouvelle et importante industrie, d’en favoriser l’établissement et d’en aider les opérations,

– À cette fin, la corporation du village du Canton de Chambly s’oblige et s’engage de prêter à la Davis Rubber Tire Company la somme 25 000$, sans intérêt sur treize ans.

– La dite compagnie devra d’abord, à son choix, acquérir dans les limites de la municipalité une étendue de terrain ne contenant pas moins de quarante mille pieds en superficie et d’y ériger sur le dit terrain les bâtisses dont elle aura besoin pour son usine.

– Pendant les six premiers mois à partir de l’avis mentionné à l’article 5 du présent règlement vingt-cinq hommes, et cinquante hommes pendant les six mois suivants et, pendant la balance de treize années, employer au moins cent employés par année résidents du village du Canton de Chambly et leur payer annuellement, bona fide, une somme de quarante-cinq mille piastres en salaires et gages. (Règlement de la municipalité de Chambly-Canton, no 20, 27 mai 1901).

Paul-Henri Hudon

Illustrations: Archives de la Société d’histoire de la seigneurie de Chambly.

Références:
Grandview Exponent Newspaper Archives. 27 juin 1901, p. 3.
Patent US688399 – Vehicle-wheel. – Google Patents.
Règlement de la municipalité de Chambly-Canton, no 20, 27 mai 1901.

Création : 21 octobre 2016
Danses et contredanses à Chambly

Voici l’opinion du curé de Chambly en 1846 sur la question de la danse: «En réponse à la question posée dans votre circulaire au sujet des danses. J’ai l’honneur de vous observer que je suis d’opinion qu’il faut accorder quelques amusements au peuple et que ces assemblées de voisins et d’amis servent souvent à réunir les parents, les amis et les voisins et à maintenir la paix entre eux».

L’historien Lucien Lemieux confirme cette position: «La période la plus mondaine de l’année s’étendait de la fête des Rois jusqu’au mercredi des Cendres. Le carnaval et les jours gras comportaient des festivités où la danse était fort répandue… Même au collège de Saint-Hyacinthe, les régents et les écoliers s’amusaient bruyamment dans des gigues et des contredanses… Mgr Plessis admettait que ces rencontres n’étaient pas dangereuses pour un certain nombre de personnes. On conseillait au moins la présence des parents lors des veillées et des bals des jeunes gens…»

Toutefois, il n’aurait pas déplu à certains curés plus puritains que ces veillées, ces sauteries soient interdites. «Aucune paroisse n’était vraiment chrétienne sans que les danses n’en soient exclues.» En somme, on tolérait ces coutumes, quitte à condamner les abus, les beuveries, ou les écarts sexuels. D’ailleurs pouvait-on vraiment les supprimer, sans que ces rigodons passent dans la clandestinité? Faut ajouter aussi qu’au cours de notre histoire, les censures ecclésiastiques ont varié, au gré des moeurs sociales et de la personnalité des acteurs.

Certains régimes politiques mal renommés ont connu dans l’histoire des interdits bien plus sévères: pas de jazz; pas de chants patriotiques, pas de rassemblements secrets. Censure des médias, prohibition d’alcools, interdits des modes, suppression de certains vêtements, fermeture des cinémas, etc…

Paul-Henri Hudon

Sources:
ADSJQ, 1A-129, Lettre du curé Pierre-Marie Mignault à son évêque, 24 janvier 1846.
Lemieux, Lucien, Histoire du catholicisme québécois. Les années difficiles, 1760-1839. pages 347-348.
Illustration: BAnQ, Canadian minuets / [George Hériot], No de notice: 0002723859

***Clins d’oeil historiques
Création : 10 novembre 2016
Des chemins praticables, la hantise de nos ancêtres

L’ingénieur Levasseur de Néré écrivait en 1704: «Il y a trois routes pour aller au dit fort de Chambly, savoir deux par terre qui traverse (sic) dans les bois, dont l’un passe par Longueuil, et l’autre par La Prairie. On estime le dernier chemin le plus praticable, quoiqu’il ne soit pas le plus fréquenté, parce qu’il n’y a pas de molières à passer. Comme dans ce premier (chemin Longueuil-Chambly), ce qui dure pendant un grand quart de lieue à enfoncer jusqu’aux genoux, joint à une petite rivière qu’il faut traverser sur des arbres, sans compter quantité d’autres arbres abattus qui forment des embarras dans l’étendue de plus de trois lieues, ce qui est fort fatigant en été. Car, pour l’hiver, on ne s’en aperçoit guère à cause de la quantité de neige. Au reste ce chemin a cinq à six pieds de largeur».

«Monseigneur, la froide bordée nous a fait un passage libre sur les eaux et me donne le moyen de souhaiter à Votre Grandeur, quoi? Une prospérité temporelle? Une longue vie? Hélas! Ah! Que viennent enfin les glaces et les neiges!» (ADSJQ, 1A-8, Lettre de Jean-Pierre Mennard, curé de Saint-Joseph-de-Chambly à Monseigneur, 21 décembre 1792).

«Premièrement, de notre endroit, il y a trois lieues et demi pour aller à notre église paroissiale, où il y a presque toujours un chemin impraticable, une savane de trente arpents que, le printemps et l’automne, il n’y a point à passer et même les années de pluies toute l’année. S’en suit ce qui nous met dans le cas souvent de manquer l’office divin.» (ADSJQ, 1A-15, Requête des habitants de Chambly du fief de M. Jacob, à Mgr Joseph-Octave Plessis, le 2 juillet 1806).

«Au moment où j’ai l’honneur de vous écrire, il pleut et nous marchons dans la boue, et je crains que la glace du bassin ne parte pour la troisième ou quatrième fois.» (ADSJQ, 1A-25, Lettre du curé Jean-Baptiste Bédard à propos d’une épidémie de fièvre, le 11 janvier 1810, à Mgr l’évêque de Québec).

«Les habitants d’une partie de la paroisse de Chambly, voisine de celle de Beloeil et dont nous sommes du nombre, nous ont députés pour implorer Votre Grandeur qu’elle daigne jeter ses yeux de compassion sur nous. Nous ne pouvons aller à notre église qu’en payant des traverses à pied et en voiture. C’est la même chose quand il faut aller chercher notre pasteur. Il faut payer au bac. Qu’on envoie les enfants à l’instruction et au catéchisme, il faut payer. Cette difficulté, jointe à la grande distance, nous empêche la plus grande partie de l’année d’assister aux offices divins de notre paroisse. D’ailleurs tous les printemps et les automnes, il y a des temps qu’il n’est pas possible de traverser la Petite rivière (rivière L’Acadie) qui nous sépare de notre église, surtout le printemps où, pendant des mois entiers, il n’est presque pas possible d’aller à notre église qu’au péril de notre vie, et c’est le temps où la dévotion nous y ferait aller davantage, qui sont la fête du patron de la paroisse et le temps pascal.»

«Encore cette année, Monseigneur, il n’a pas été possible ou presque d’aller à l’église tout le temps pascal. La rivière était toute couverte de glaces brisées, et tellement difficiles à passer pour des femmes et des enfants, qu’un homme, étant dangereusement malade plus proche de l’église de Chambly que nous, a été administré par Monsieur le curé de Beloeil et qu’aucun n’a pu passer pour faire sonner sa mort à sa paroisse; bien loin de pouvoir porter son corps, ils ont été obligés de le porter en terre à Beloeil.» (ADSJQ, 1A-94, Requête des habitants de Chambly à Monseigneur, 1831).

Paul-Henri Hudon

***Clins d’oeil historiques
Création : 5 décembre 2016
Le peintre Ignace Plamondon, professeur à Chambly

En novembre 1832, Mgr Lartigue, évêque de Montréal, écrivait à son coadjuteur, Mgr Tessala: «Je me propose de présenter très bientôt aux trois branches de notre législature, en qualité de légataire universel de feu M. Girouard, une pétition pour l’incorporation et amortissement du collège de Saint-Hyacinthe, conformément à la note de Lord Aylmer et à M. Girouard, pour laquelle le ministre des Colonies signifiait officiellement que, si notre législature passait un bill pour l’accorder, il (le ministre) conseillerait à Sa Majesté de le sanctionner.

Mais je crains que la même demande, que M. Mignault s’obstine à faire aussi cette année pour celui de Chambly, ne nuise à la mienne. Si vous pouvez appuyer de votre mieux et efficacement ma pétition à ce sujet, ce sera un grand service rendu à la religion dans ce district. signé Telmesse».

Mgr Lartigue, évêque de Telmesse, ajoute: «L’ex-jésuite et peintre I. Plamondon que j’avais demandé pour mon école, m’a manqué pour aller à Chambly, par un malentendu de l’abbé Desjardins…»

Nous pensons qu’il s’agit d’Ignace Plamondon. Ignace Plamondon (1796-1835), élève, à Paris, de Jean-Baptiste Guérin dit Paulin-Guérin, chez qui il entra en juillet 1826, sous le patronage de l’abbé franço-canadien Louis-Joseph Desjardins, serait le cousin d’Antoine Plamondon (1804-1895), peintre. Il est revenu au Canada en 1830. Ignace Plamondon est cependant moins renommé que son cousin Antoine.

En novembre 1833, Mgr Lartigue écrivait au directeur du collège de Saint-Hyacinthe: «Je consens à l’entrée de M. Plamondon dans votre collège pour les fins mentionnées. Mais faites avec lui les arrangements nécessaires, car je n’ai pas le temps de m’en mêler. Il faudra pourtant vous informer de M. Mignault auparavant s’il n’a aucun sujet de se plaindre de lui. Vous insisterez comme de raison sur ce qu’il enseignera, gratis, quelques élèves bien disposés du collège et plus particulièrement M. Larocque, s’il a le goût et l’aptitude au dessin».

En 1834, il y avait au collège de Chambly un étudiant du nom de “Louis Plamondon”. Selon une résolution de la corporation du collège, agréée le 21 décembre 1836, le curé Mignault, nommé procureur général, s’est adjoint M. Plamondon, comme administrateur. Il nous a été impossible d’identifier ces deux derniers. Nous ignorons leur filiation avec les peintres Plamondon.

Paul-Henri Hudon

Sources:
– Archives de l’archidiocèse de Montréal, lettre de Mgr Lartigue à Mgr Tessala, coadjuteur et administrateur, 7 novembre 1832.
– Lettre de Mgr Lartigue à Jean-Charles Prince de Saint-Hyacinthe, 27 novembre 1833.
– Dictionnaire des artistes de langue française en Amérique.
– Magazine Cap-aux-Diamants, vol 5, no 3, p. 69. Mario Béland. Le joueur de Cornemuse.
– Illustration. Internet; Palette de peintre.

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Création : 14 janvier 2017
Pourquoi nos églises ont-elles façades vers l’est ?

Cette pratique des bâtisseurs était facultative. Mais il semble généralement que nos églises étaient “orientées” (n’est-ce pas le mot juste ?). De telle sorte que le portail donnait à l’orient pour laisser pénétrer la lumière. Ce qui avait l’avantage, au Canada, d’éviter les vents de nord. Quand on sait que le “nordet”, dans la vallée du Saint-Laurent, soufflant depuis le Labrador, est particulièrement réfrigérant. Nos ancêtres possédaient ce réflexe de maximiser l’insolation lors de la construction de leurs résidences. La lecture-terrain de notre histoire religieuse a tout de même de quoi étonner.

Sans qu’il existe une règle canonique qui obligeait à bâtir les églises dans l’axe est-ouest, les temples de la chrétienté ont témoigné de cette tradition. Les grandes basiliques, Saint-Pierre, Saint-Jean de Latran et Sainte Marie Majeure ont disposé le choeur et l’autel à l’occident, la porte d’entrée et les fonts baptismaux au soleil levant (Internet). Ainsi nos églises regardent-elles vers Rome et Jérusalem, comme les musulmans se tournent vers La Mecque !

Notez que l’église Saint-Joseph-de-Chambly contemple l’aube des jours. Par contre Saint-Mathias tourne le dos à l’orient. Il en est de même des églises de Saint-Mathieu de Beloeil et de Mont-Saint-Hilaire, qui se font face au delà du Richelieu. La basilique Saint-Anne-de-Beaupré s’ouvre sur le midi; l’Oratoire Saint-Joseph, sur le couchant.

Ce qui importe, c’est de souligner le fort symbolisme religieux dans le fait d’être tourné vers l’aube, dans l’attente du point du jour, dans “l’avent”. À l’instar du temple de Jérusalem, où étaient prescrites non seulement les dimensions mais aussi l’axe des murs et les portes d’accès, lors de sa construction. Il faut relire Ézéchiel et Isaïe. “Car la façade de la maison était à l’orient… La porte extérieure du sanctuaire qui fait face à l’orient… La Gloire du Seigneur entra dans la maison par la porte qui fait face à l’orient”. (Ezéchiel (47, 1; 44, 1; 43, 4). Et la lumière jaillira de l’orient à l’occident… (Isaïe, 59, 19).

C’est la lumière spirituelle, celle du Ressuscité, soleil levant, qui envahit le temple des baptisés.

Paul-Henri Hudon

Illustration. Archives de la SHSC. L’église de St-Joseph, Chambly, vers 1930. À gauche on distingue les abris pour les chevaux et le collège de Frères de l’Instruction chrétienne.

*** La ceinture fléchée présente à Chambly.

Plusieurs personnes témoignent de sa présence au Québec. En 1777, Charlotte Luise de Riedesel venue d’Allemagne rejoindre son mari, le major général Frederick, raconte que lorsqu’elle rencontre son mari à Chambly, il porte une ceinture rouge et bleue avec franges sur le costume traditionnel des Canadiens pour se garder au chaud, car il souffre d’une grippe. Rf Wikipedia

Un patrimoine immatériel québécois.
*** L’épluchette de blé d’Inde
Tout dans ce nom est patrimonial. On ne dira pas un “effeuillage collectif de maïs”, mais bien “épluchette de blé d’Inde”, marque déposée exclusive au Québec.
La pratique semble aussi une exclusivité nationale. C’était l’occasion d’une merveilleuse réunion de village. Ah ! combien de jeunes filles ont pu rencontrer un charmant prince lors de ces festivités joyeuses, parfois arrosées au rhum des iles. L’occasion était belle de cacher un épi, préalablement coloré bleu, qui devait faire de son découvreur le “roi”, ou la “reine” de la fête. Ou en rouge, le honteux valet de service… celui qui devait nettoyer tout le dégât après la “noce”.

Paul-Henri Hudon