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Le manoir Hertel de Rouville

By 10/04/2019May 9th, 2019No Comments

Cette antique maison patrimoniale, construite vers 1805, donnant adresse au 27, rue De Richelieu à Chambly, sera, nous l’espérons, rebaptisée sous son vrai nom. Au lieu de Maison John-Yule, elle devrait s’appeler désormais Manoir Hertel-de-Rouville. En vertu de la nouvelle loi 82 sur le patrimoine culturel, les anciens statuts de reconnaissance historique seront modifiés par le ministère en classement pour un bon nombre d’édifices. C’est l’occasion idéale pour demander une correction à son nom.

En effet, cette résidence avait été l’objet d’une reconnaissance historique par le ministère ses Affaires culturelles sous le nom de Maison John-Yule en 1987. Or, les traditions orales, le manque d’informations et l’insuffisance des recherches à l’époque avaient attribué cette résidence au négociant John Yule (c1770-1851). Il n’en est rien. Ce John Yule avait acheté en 1812 un terrain étroit, intercalé entre la rue et les rapides, voisin il est vrai, du manoir Hertel de Rouville, Mais sur ce terrain, Yule fera ériger une brasserie en pierre en 1816. Laquelle brasserie sera transformée en moulin à papier en 1841. Cet édifice de pierre sera finalement démoli à une date inconnue, vers 1850. Sur les ruines de cette brasserie se trouve l’actuelle maison donnant adresse au 22 rue De Richelieu. Voici les faits réels. C’est le seigneur Jean-Baptiste Melchior Hertel de Rouville (1748-1817), officier, lieutenant-colonel de milice (1790), juge de paix (1813), député (1792) et conseiller législatif (1812), qui est l’auteur de cette monumentale résidence. Il l’aurait fait construire vers 1805 sur un terrain qui avait toujours appartenu à ses ancêtres les seigneurs de Rouville. Ce terrain se prolonge «depuis les rapides jusqu’au chemin sur un coteau» (la rue Centre). Il lui est confirmé par une re-concession officielle du seigneur De Niverville en 1790. Le seigneur Melchior de Rouville habitera son manoir jusqu’à sa mort en 1817, sa veuve aussi, ainsi qu’une soeur du seigneur jusqu’en 1823. Le manoir est ensuite transmis par héritage au fils, Jean-Baptiste René Hertel de Rouville. Mais il préfèrera s’installer à Mont-Saint-Hilaire, au centre de sa seigneurie, et il vendra ce manoir paternel à son beau-frère, le major Charles-Michel de Salaberry. Par la suite, il a été occupé par des locataires, acheté par des Montréalais, vendu et revendu moultes fois. Si l’intérieur a été transformé au gré des propriétaires successifs, la volumétrie de cette maison d’influence géorgienne est demeurée telle qu’à son origine semble-t-il. Cette résidence constitue l’une des plus prestigieuses pièces du riche patrimoine architectural de Chambly. Et son auteur, le seigneur de Rouville est une figure remarquable de l’histoire régionale. Cette initiative du ministère, appuyée par la Société d’histoire et par l’actuel propriétaire, monsieur André Dion, permettra de rendre hommage à qui de droit. Paul-Henri Hudon