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Les «têtes-à-têtes de Salaberry»

By 10/04/2019May 9th, 2019No Comments

Né dans une famille d’allégeance libérale, mon grand-père conservait, suspendu au mur principal du salon d’honneur, un grand portrait de sir Wilfrid Laurier. De sorte que, jeune enfant, j’ai toujours cru que c’était un grand oncle de la famille. Il y avait aussi un cadre de Luc Letellier de St-Just, farouche libéral de Rivière-Ouelle, déchu de son poste de lieutenant-gouverneur. Très vénéré, lui aussi. Ces deux-là faisaient partie des mânes de la famille. Les seuls autorisés à s’afficher à côté d’un Sacré-Coeur géant et d’une icone de Thérèse de l’Enfant-Jésus. Y avait aussi la croix noire de tempérance. Bien sûr.

Au cours de mes recherches, je m’arrête pour examiner ce que d’autres ancêtres, eux, affichaient sur leurs murs. Lors de certains inventaires ou dans les testaments, on trouve parfois des représentations de personnages. Ils peuvent nous révéler quelque aspect des intérêts et des révérences qu’on portait aux personnages de l’époque. Voici quelques exemples: – Il y avait «un crucifix dans la barre (sic) de l’hôtel» tenu à Chambly par Angélique Larocque, veuve de David Vincelette (Joseph Demers, 18 février 1830). L’hôtel Vincelette se trouvait au carrefour Martel-Salaberry-Bourgogne. – «Une statue de Napoléon» dans l’inventaire de feu Joseph Bresse, marchand de Chambly (Joseph Porlier, 12 septembre 1836). S’agit-il du buste de l’empereur Bonaparte toujours visible en 2014 dans la cour extérieure de la maison située au nord-ouest du presbytère de la paroisse St-Joseph? C’est très probable. – «Un tableau de Lord Nelson» est mis en vente parmi les meubles de l’hôtelier John Booth. (Charles-Gédéon Scheffer, 12 octobre 1864). John Booth tenait auberge et le poste de péage situés au pont de la rivière L’Acadie menant au chamin de Chambly. Il s’agit non pas du patriote canadien Wolfred Nelson, mais du héros britannique, le vice-amiral Horatio Helson (1758-1805), qui avait vaincu la flotte franco-espagnole à Trafalgar en 1805 et détruit les vaisseaux de Napoléon. – La veuve du marchand de St-Mathias, Timothée Franchère déclare dans son inventaire posséder «trois portraits avec les cadres de Pie IX, de Jacques Cartier et de l’évêque Plessis».  (Paul Bertrand, acte 5467, 5 juillet 1850).   – Quant à Mlle Marie Desautels, dévouée gouvernante chez Charles-René-Léonide de Salaberry, elle lègue à René de Salaberry, fils, «le portrait de Mgr Taché, ainsi que le sofa venant de chez son père». (Paul-Solyme Bertrand, 31 mars 1883 et 3 janvier 1890). Monseigneur Alexandre Taché, évêque de St-Boniface, à la Rivière-Rouge, avait été parrain au baptême de Joseph-Alexandre-René de Salaberry (1870-1945) le 3 juillet 1870. – Le lieutenant-colonel Eusèbe-Hyacinthe Fréchette, bienfaiteur de l’hospice des Soeurs Grises de Chambly, lègue à Honoré Fréchette, prêtre, son arrière neveu, ses trois tableaux de famille dans son salon, dont le sien propre. (Émery-Philippe Bertrand, le 27 mars 1888). Que sont devenus ces portraits ? – Romeo H. Stephens, écuyer, bourgeois, demeurant à Chambly-Canton, fait donation à Eliza Miller, épouse du notaire Louis Mongeon, des «meubles d’une maison occupée par la dite donataire». Parmi ceux-ci, on trouve un piano, une peinture, des livres et des photographies, un «Coat of Arms», et des «têtes-à-têtes de Salaberry». (Charles-Gédéon Scheffer, acte no 6110, 2 juillet 1893). – Dans l’hôtel Balmoral, lorsque le maçon Charles Chaurette le baille à loyer, il découvre «des cadres, dont un représentant Jacques Cartier et d’autres, des femmes». (Charles-Gédéon Scheffer, 20 juin 1894).   – Enfin, Joseph Trouillet dit Lajeunesse lègue à sa fille Clara «le portrait de sa mère». (Charles Gédéon Scheffer, 10 mai 1899). Paul-Henri Hudon Illustration: Internet     Ce texte vous inspire des commentaires? Vous souhaitez émettre une suggestion? Merci de nous écrire.